Plasticité et discontinuités.
Ce cours concerne l'analyse des équations de l'élastoplasticité parfaite quasi-statique en transformation infinitésimale. Il mettra en évidence la structure sous-jacente de problèmes de minimisation paramétrés par le temps, tant pour le champ de contrainte que pour le couple (champ de déplacement, champ de déformation plastique). Cette structure variationnelle est partagée avec plusieurs autres problèmes d'évolution quasi-statique en mécanique des solides, qui sont tous invariants par reparamétrage monotone du temps. Pour chacun de ces problèmes, l'analyse de la structure variationnelle sous-jacente permet de prédire et expliquer une phénoménologie spécifique, pouvant inclure l'apparition spontanée de discontinuités en espace et/ou en temps.
Dans le cas de l'élastoplasticité parfaite quasi-statique, on verra que la structure variationnelle sous-jacente permet de prédire et comprendre les propriétés suivantes des solutions du problème d'évolution quasi-statique.
- Unicité du champ de contrainte, non-unicité en général du champ de déplacement.
- Apparition spontanée de surfaces de discontinuités tangentielles (bandes de cisaillement), tant pour le champ de déplacement que pour le champ de vitesse. Absence de mouvement « latéral » des bandes de cisaillement.
- Absence de telles surfaces de discontinuités dans le champ de contrainte, en présence de chargements réguliers.
- Absence de discontinuités spontanées en temps, tant pour le champ de contrainte que pour le champ de déplacement, alors que cela existe dans le cas d'autres problèmes d'évolution quasi-statique en mécanique des solides (rupture fragile quasi-statique ou frottement). Cela rend compte du caractère macroscopiquement « silencieux » de l'élastoplasticité.
L'analyse repose sur l'utilisation de plusieurs théories mathématiques dont on essaiera de rendre compte des concepts et résultats essentiels.
- Cours 1. Formulations variationnelles en déplacement et en contrainte pour l'élastostatique linéarisée. Question de l'existence de minimiseur. Méthode directe du calcul des variations. Compacité, coercivité et semicontinuité inférieure. Topologies faible et faible étoile. Relaxation.
- Cours 2. Évolution du champ de contrainte en élastoplasticité parfaite. Fonctions convexes, sous-différentiels, dualité de Legendre-Fenchel. Processus de rafle par un convexe mobile. Théorie ensembliste de la mesure. Théorème de représentation de Riesz et lien avec la théorie des distributions. Variation totale. Théorème de Lebesgue-Radon-Nikodym. Fonctions à variation bornée sur un intervalle réel. Décomposition en parties absolument continue, saut et Cantor. D'après Jean Jacques Moreau.
- Cours 3. Formulation variationnelle en déplacement pour l'élastoplasticité parfaite sur un pas de temps (plasticité de Hencky). Nécessité de plonger H1 dans BD (espace des champs de déplacement à déformation bornée). Relaxation de la condition à la limite en déplacement et interprétation mécanique. Condition de charge sure et existence de minimiseur. Structure fine des champs de déplacement à déformation bornée : décomposition de la déformation en parties absolument continue, saut et Cantor. D'après Pierre Suquet et Roger Temam.
- Cours 4. Formulation variationnelle incrémentale en déplacement et déformation plastique pour l'élastoplasticité parfaite quasi-statique (plasticité de Prandtl-Reuss). Existence d'une évolution limite en temps continu. Régularité des solutions et formulations locales. Analyse phénoménologique des sauts spontanés en espace du champ de déplacement (bandes de cisaillement) et de leur évolution en temps. Exemples montrant le caractère inévitable des sauts spontanés en espace du champ de déplacement, ainsi que la non-unicité de solution en déplacement. D'après Gianni Dal Maso, Antonio DeSimone & Maria Giovanna Mora.
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